La question laïque en terres d'islam

Publié le par théoden 35


La laïcité peut-elle conduire à une démocratisation en terres d'islam? Pour répondre à cette question, il faut revenir en arrière. C'est au cours du XIXe siècle que la laïcité a pris corps dans les pays musulmans passés sous la domination ou influence de l'Europe. De l'Indonésie au Maroc, l'ensemble de ces pays dut accepter une relation de dépendance vis-à-vis d'un monde européen, industriel et conquérant. Les loges maçonniques italiennes et françaises ont joué un rôle important dans la diffusion des idéaux laïques. C'est au lendemain de la Première Guerre mondiale que, préparée par les Comités Union et Progrès (Jeunes Turcs), la laïcité a fait irruption en Turquie avec les réformes brutales de Mustafa Kemal.

Cette laïcité version turque a été un modèle pour l'ensemble du monde musulman. Ensuite l'idée s'est répandue, que l'Etat devait dominer la religion. Et l'on a pu assister à une floraison d'idéologies nationalistes qui allaient chercher dans la race, l'histoire, la langue  ou la volonté nationale, des principes d'union, en remplacement des identités religieuses encore dominantes.

Dès lors, les terres d'islam n'ont connu que des laïcités autoritaires qui rendaient difficile l'apparition de sociétés civiles. L'Etat et l'armée étaient souvent les seuls à porter l'idée laïque dans les sociétés dominées par la tradition religieuse. De Bourguiba à Saddam Hussein, en passant par le chah d'Iran, les discours laïques sont apparus liés à un régime dictatorial ou à un prolongement de la domination occidentale.

Le seul pays musulman où la laïcité a été acceptée et intégrée culturellement est la Turquie. Grâce à une vigoureuse résistance nationaliste, ce pays a pu échapper au démembrement et à la domionation européenne. L'Etat-nation et la laïcité étaient, aux yeux des partisans de Mustafa Kemal, la formule magique qui avait permis à l'Europe de surpasser les autres sur l'échelle de la modernité. En adoptant les valeurs du plus puissant, la Turquie des années 1920-1930 voulait rompre avec un passé  qui avait conduit les pays musulmans à perdre leur souveraineté. Ce pays a connu un face-à-face permanent entre des élites laïques et autoritaires, et une société civile qui s'exprimait de plus en plus par l'islam.

Les dernières interventions de l'armée turque rappellent celle de l'armée algérienne, mettant un coup d'arrêt  au processus éléctoral de 1992. La monarchie pahlavie (1925-1978), en Iran, les régimes tunisiens ou baasistes d'Irak et de Syrie ont été confrontés, à l'instar de l'Egypte de Nasser, à des défis semblables. La modernisation imposée de façon autoritaire a fait, de l'idéal laïque un repoussoir pour des sociétés bâillonnées.

Lors des entreprises coloniales, la modernité, source de puissance, avait un caractère impérialiste. Car finalement que fut la colonisation , sinon la mises en contact de façon brutale de sociétés modernes avec d'autres qui l'étaient moins? Le plus moderne imposa alors ses valeurs au moins moderne, lui interdisant un chemin indépendant  vers la modernisation.
Il y a toujours eu un décalage entre la modernité triomphante du plus puissant et celle, balbutiante, du colonisé. Qu'est-ce qui mesure la modernité? N'est-ce pas avec le rapport de force et la puissance qu'elle impose? Si la laïcité ou une certaine forme de laïcité est un préalable à toute démocratisation, laïcité et démocratisation dans le monde musulman apparaissent contradictoires.
 

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Publié dans Rétrospective

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