Le Printemps de Lhassa
La répression des manifestations au Tibet en mars, a suscitée une vive émotion dans l’opinion internationale. Des milliers de personnes sont d’abord descendues dans les rues de Lhassa pendant deux semaines, puis ensuite dans d’autres villes, en brandissant le drapeau tibétain et en scandant des slogans en faveur de l’indépendance, marquant ainsi un rejet profond de soixante ans de domination chinoise.
Toutefois, la présence de moines à l’avant-garde de ce front de contestation a conduit à s’interroger sur la nature de ce mouvement, souvent décrit comme une révolte bouddhiste. La répression a certes été rude, mais la violence de nombreux manifestants a également fait vaciller l’image de cette lutte réputée non violente. Parmi les cibles de ces émeutiers se trouvaient des Hui (musulmans) et des civils chinois han (1), ce qui pouvait laisser penser que les motivations de la révolte étaient religieuses ou ethniques.
Symboliquement, les manifestations ont débuté le 10 mars, date de l’anniversaire du soulèvement de Lhassa contre l’intervention chinoise en 1959. C’est cette insurrection qui précipita l’exil du dalaï-lama et de son gouvernement vers l’Inde. Toutefois si le premier ministre indien de l’époque, Jawaharlal Nehru avait reçu le « gouvernement » du Tibet sur son sol, il n’avait pas opté pour la reconnaissance de ce dernier, pas plus que ne l’ont fait les Nations Unies.
L’invasion du Tibet en 1950 ou sa « libération pacifique » du point de vue chinois, renvoie a une vision discutée de l’histoire. Elle rapport tout d’abord, la difficulté ancestrales des Chinois à annexer cette région et à s’y maintenir, et d’autre part, l’incapacité des Tibétains à convaincre le monde moderne de l’historicité de leur indépendance.
Ainsi en 1988 dans la célèbre proclamation de Strasbourg, le dalaï-lama renonça officiellement à l’indépendance au profit de l’autonomie et d’une union avec la Chine. Cependant en mars de l’année suivante le dialogue fut interrompu par la répression des plus importantes manifestations contre l’autorité chinoise, à la date anniversaire du soulèvement national. Depuis le dalaï-lama a réitéré sa proposition d’une véritable autonomie dans un cadre souverain chinois mais les récentes manifestations et leur répression montre que l’histoire se répète.
On pourrait donc en conclure, que les tibétains en se révoltant, ne veulent pas voir la situation de leur région évoluer, car à chaque fois qu’il y a des pourparlers, ce sont eux qui y mettent fin en manifestant contre le régime Chinois, mais cela serait une grave erreur.
En effet, marginalisés au sein de la société chinoise, les Tibétains assistent à la sinisation de leur pays par un flot croissant de colons, sans bénéficier du développement annoncé. Que dirions nous si un pays voisin nous colonisait ? Que les investissements économiques de ce pays, ne nous étaient pas bénéfique ?Et bien je pense que nous réagirions comme le fait le peuple tibétain acutellement. Certes cela n’explique pas les violences exercées par les Tibétains sur les Han et les Hui, mais la colère mêlée à ce sentiment nationaliste est tout à fait compréhensible quand nous savons à quel point l’identité nationale tibétaine est bafouée depuis tant d’années.
(1) : La Chine se définit comme un pays multiethnique ou multinational avcec cinquante-six ethnies, les Han constitutant 92% de la population. Pour les Tibétains, les Hui, les Ouïgours et les Mongols, des régions autonomes ont été instaurées, respectivement : Tibet, Ningxia, Xinjiang, Mongolie intérieure.
Lire Manière de voir, n°85, "Jusqu'ou ira la Chine?", février-mars 2006.